Nous voyons fleurir depuis quelque temps sur les réseaux sociaux la « méthode de la cannette » se revendiquant comme l’alpha et l’oméga de l’éducation canine.
De quoi s’agit-il ? Il s’agit de prendre une cannette – vide ! – qu’on remplira de boulons, de clous ou encore de pièces de monnaie. Si le chien adopte un comportement non désiré, on agite la cannette ou on la fait tomber près du chien. Par le bruit désagréable à ses oreilles et par la surprise, celui-ci comprend vite que le comportement adopté lui apporte ce désagrément et cesse donc ce « mauvais » comportement.
Deux mécanismes interdépendants sont ici mis en jeu : le conditionnement et la punition. Le conditionnement, dit « classique » a été mis en évidence notamment par PAVLOV. Il repose sur l’énorme propension de l’animal à l’association, c’est-à-dire à établir des relations entre les événements. Par exemple, le chat associe le bruit du sac de croquettes à la ration à venir, le chien les clefs prises par son propriétaire à la promenade imminente. Les processus d’apprentissage en éducation canine sont issus le plus souvent des lois du conditionnement. C’est également le cas de la punition ; elle consiste en une action qui suit un comportement que l’on veut faire disparaître. Elle peut s’avérer tout à fait justifiée, mais il faut qu’elle soit faite dans l’instant, qu’elle soit adaptée et qu’elle soit systématique. La punition peut être : soit « positive », si on ajoute quelque chose de désagréable, soit « négative », si on enlève quelque chose d’agréable. Dans le cas de la « cannette », la punition est donc dite « positive ». Elle est immédiate ; elle est systématique ; mais est-elle adaptée ? En effet, par le bruit généré et sa récurrence, elle peut entraîner du stress chez le chien et à terme générer des peurs et donc éventuellement de l’agressivité. La peur, à la différence de la phobie, est apprise, et peut l’être par le conditionnement. C’est en ce sens que la méthode de la cannette, bizarrement portée aux nues, peut être considérée comme dangereuse, en tout cas à déconseiller. De plus, il y a un risque que le chien associe cette punition à son maître s’il voit que cela vient de l’humain. Enfin, la punition à elle seule ne peut suffire ; il faut encore que le chien puisse apprendre ce qu’il doit faire.
On pourra plutôt préférer à la punition d’autres techniques, comme le contre-conditionnement, qui permet d’intégrer dans la séquence comportementale de l’animal un dérivatif, ou un autre processus d’apprentissage issu de la théorie du conditionnement qu’est le renforcement, c’est-à-dire une conséquence qui suit un comportement qu’on veut faire perdurer. Le renforcement est dit « positif » si on ajoute quelque chose d’agréable et « négatif » si on retire quelque chose de désagréable. On privilégiera les renforcements positifs, comme des félicitations, des caresses, par exemple, qui permettront d’encourager les bons comportements C’est tout aussi efficace qu’une punition et cela évite les dangers d’une punition mal appliquée ! C’est en ce sens qu’on peut parler d’éducation « positive » ou d’ éducation « douce » ou « bienveillante ».
Alors, personnellement, en tant que comportementaliste animalier et éducateur canin exerçant dans le Loir-et-Cher (41), je dis non à la cannette !
© Benoît Feltesse, 2025. Tous droits réservés. Toute utilisation ou reproduction, totale ou partielle, interdite sans accord de l’auteur. Articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.