En quoi les neurosciences nous permettent-elles de mieux comprendre nos animaux de compagnie ?
Les cerveaux du chat et du chien sont très semblables au nôtre. Ils sont composés de deux hémisphères et d’un cervelet. Les cellules nerveuses, les neurones, sont aussi identiques et constituent le même réseau cérébral : la matière grise. L’image cérébrale a permis en outre de constater que, chez tous les mammifères, les zones du cerveau sont analogues et remplissent les mêmes fonctions. Suzana HERCULANO–HOUZEL a liquéfié le cerveau de plusieurs animaux, dont chats et chiens, afin de mesurer le nombre de neurones respectifs : 250 millions pour le chat contre 530 millions chez le chien, ce qui pourrait être un indice d’une intelligence « supérieure » chez ce dernier. Il faut toutefois prendre en compte d’autres éléments, tels que les connexions neuronales ou le nombre des cellules gliales qui soutiennent et alimentent les neurones. Les connexions neuronales vont se former au fur et à mesure du développement et des apprentissages du bébé humain comme du chiot et du chaton. L’humain, à sa naissance, possède déjà 100 milliards de neurones, mais seulement 10 % de ses synapses, les connexions neuronales, sont formées. De la même façon, le chaton a 100 synapses par neurone à sa naissance puis 12 000 après 10 à 30 jours. La structure du cerveau se modifie et se façonne tout au long de l’existence. « Pour apprendre, les animaux doivent être capables d’ancrer leurs expériences dans leur encéphale, et c’est grâce à la mémoire qu’ils y parviennent1. » Le cerveau doit aussi être capable de traiter l’information de manière très rapide, que ce soit pour survivre ou pour chasser : « Le cerveau est avant tout une machine biologique à aller vite en anticipant.2 »
Le « deuxième cerveau », selon les recherches de P.D. MACLEAN, ou « système limbique », situé dans la partie basse et au centre du cerveau, est l’aire chargée de gérer les émotions chez tous les mammifères, chez lesquels elle s’avère très semblable. Ainsi, le système limbique de l’homme ressemble beaucoup à celui de tous les autres mammifères. Les animaux ressentent très fortement les émotions, mais elles passent assez facilement ; elles ne subsistent pas et ainsi l’animal peut difficilement ressentir des émotions contradictoires, à la différence de l’être humain pour lequel les lobes frontaux de son néocortex lui permettent de relier et de se souvenir de deux sentiments contradictoires. Si biologiquement l’activation de plus d’un système émotionnel dans le cerveau d’un animal est possible, concrètement une émotion prendra toujours le pas sur l’autre. Il ne pourra pas non plus ressentir d’émotions complexes, comme la honte, la culpabilité, l’avidité, par exemple, à la différence de l’homme. Toutefois, Temple GRANDIN, dans L’Interprète des animaux3, cite la réaction d’un chien de l’une de ses amies au retour de son mari après deux mois d’absence. Le chien semblait à la fois terrifié, comme s’il voyait un fantôme, et fou de joie de revoir quelqu’un qu’il croyait disparu. Ce cas semble indiquer la possibilité chez un animal de vivre des émotions contradictoires.
La seule différence fondamentale entre le cerveau d’un mammifère et un cerveau humain est la taille du néocortex, là où sont localisées les fonctions cognitives. Tous les mammifères possèdent un néocortex, mais il est beaucoup plus volumineux chez les primates et plus encore chez l’homme, pour lequel il gère le raisonnement et le langage. En règle générale, plus une espèce animale est intelligente, plus son néocortex est volumineux. Le chat et le chien ne seront donc pas capables de raisonnement. Toutefois, nous avons vu dans notre article précédent que le border collie Rico était capable d’une forme de raisonnement, de déduction par exclusion, en apportant un objet inconnu quand on lui nomme, car c’est le seul qu’il ne connaît pas parmi deux autres connus ! Dès le IIIe siècle avant J.-C. le philosophe CHRYSIPPE DE SOLES affirmait que le chien comprenait le syllogisme disjonctif, c’est-à-dire qu’il savait déduire, par exemple, que sa proie avait emprunté le troisième chemin s’il ne l’avait pas trouvée dans les deux premiers ! De manière générale le chat et plus encore le chien fonctionnent cependant par association, comme s’ils cherchaient des signes partout dans leur environnement ! L’autre différence entre le cerveau des humains et celui des autres mammifères est que ces derniers ne disposent pas des mécanismes de défense mis en évidence par FREUD. Cependant, on peut considérer que les comportements adaptatifs de nos animaux, ce que nous appelons improprement « problèmes de comportement », en sont des équivalents.
Il s’avère donc qu’il a peu de différences fondamentales entre notre cerveau et celui de nos animaux ; c’est sans doute ce qui fait que nous soyons si proches et que nous puissions – relativement – nous comprendre !
1 SERRA Jessica, Dans la tête d’un chat, éd. humenSciences / Humensis, 2019, Le Livre de poche, LGF, p.134
2 BERTHOZ Alain, Le Sens du mouvement, 1997, p.10, cité in CHRISTEN Yves, L’animal est-il une personne ?, Flammarion, 2009-2011, p.54.
3 GRANDIN Temple, L’Interprète des animaux, éd. Odile Jacob, Paris, 2006
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