Les apports de l’éducation canine et les risques encourus par une pratique inadaptée

L’éducation canine est un moment parmi d’autres, où le chien ne cesse d’apprendre, dans un environnement particulier. Il engrange ainsi tout un tas d’informations qui pourront se retranscrire soit positivement soit négativement dans sa relation au maître.

De manière positive, l’éducation canine sert à stimuler l’animal, sur le plan physique mais surtout sur le plan mental. En effet les exercices qui lui sont « proposés » mettent en éveil ses compétences cognitives. De plus, elle peut contribuer à renforcer une bonne sociabilité de l’animal avec ses congénères comme avec différents humains. En outre, le rapport qui s’instaure dans le cadre de l’éducation canine entre le chien et le maître permet à ce dernier d’obtenir des réponses comportementales satisfaisantes, favorisant l’intégration de l’animal dans la société humaine, ce qui est en fait le but ultime de l’éducation canine, tout en prenant en compte la connaissance de l’animal et de ses besoins. Par ailleurs, l’éducation canine permet de renforcer la hiérarchie et la dominance du maître sur son animal. Elle intervient comme consolidation ; elle ne crée pas de toutes pièces un rapport hiérarchique qui n’existerait pas par ailleurs. L’éducation canine va permettre de mieux intégrer, de consolider cette hiérarchie dans le quotidien du maître. En définitive, l’éducation renforce le lien interspécifique ou peut servir à créer du lien s’il est absent de la relation. L’éducation canine est donc particulièrement utile, si elle est utilisée à bon escient.

En effet l’éducation canine ne peut être la solution a priori ; elle doit être utilisée après une première intervention, axée soit sur le chien, soit sur l’humain, soit sur leur relation. Elle s’applique donc, dans un second temps, pour des problèmes de sociabilité ou de socialisation, pour des phobies (en utilisant la dérivation), pour de l’agressivité-agressions, pour instabilité et agitation. Dans le cas où elle est utilisée a priori, elle peut même s’avérer inadaptée à la situation et dangereuse. L’éducation canine consiste à renforcer la soumission de l’animal à son maître. Or, si le rapport hiérarchique n’est pas précisément posé en amont et si les critères sociaux canins (contrôle de la relation, de l’accès à la nourriture, du territoire) ne sont pas respectés, le chien va subir des paradoxes, peut-être insupportables pour lui et qui pourront être source d’agressivité, d’hyper-activité, d’instabilité, d’hyperattachement ou de comportements de domination. Ainsi les incohérences relationnelles entre maître et chien pourront être renforcées et les comportements adaptatifs préexistants pourront s’aggraver. De plus, l’apprentissage conditionné de l’éducation canine peut masquer certains comportements adaptatifs.Plus encore, si l’éducation canine est proposée d’emblée comme solution à des comportements adaptatifs pouvant avoir de graves conséquences, comme des phobies, des syndromes de privation sensorielle, des états anxieux, de l’agressivité, les effets peuvent être extrêmement négatifs, même si une rémission peut se faire jour dans un premier temps. L’animal devient prédisposé à de graves psychopathologies, susceptibles d’être dangereuses pour son environnement dès qu’il vieillit.

Par ailleurs, l’éducation canine reste encore trop souvent considérée et même utilisée par certains éducateurs canins comme une technique coercitive développant l’agressivité de l’animal. Ce genre d’éducation canine est susceptible de développer des comportements adaptatifs chez l’animal et de nuire à toute forme de relation entre le maître et le chien.

En outre, l’éducation canine en groupe est une forme d’immersion. A ce titre, certains comportements adaptatifs, comme le syndrome de privation sensorielle, doivent absolument éviter la thérapie comportementale de l’immersion, car cela ne ferait que renforcer les symptômes de l’animal. Dans le cas de l’anxiété de séparation, l’éducation canine ne ferait que renforcer le lien entre maître et animal et donc les symptômes chez ce dernier. Par ailleurs, certaines thérapies comportementales qui peuvent être utilisées sont susceptibles d’avoir des effets pervers. Ainsi, en ce qui concerne la désensibilisation, tout dépassement du seuil de sensibilité du chien le fait replonger dans son anxiété et dans ses comportements indésirables.

Des erreurs plus ponctuelles dans l’utilisation de l’éducation canine peuvent avoir des conséquences négatives. Il convient de ne pas faire travailler des chiennes « en chaleur » avec des mâles, car le travail effectué avec ceux-ci sera inopérant. Par ailleurs, lors des exercices de sociabilité, si certaines précautions ne sont pas prises, des conséquences néfastes peuvent avoir lieu, notamment si une certaine « distance de sécurité » entre les chiens, dont certains pourraient avoir des tendances agressives, n’est pas respectée. Cela risquerait en outre de renforcer la peur chez certaines personnes, peur à l’impact négatif sur les chiens. Mal pratiqué, ce type d’exercices peut développer l’agressivité intraspécifique. Afin de minimiser certains risques que représente l’environnement pouvant être stressant lors de l’éducation canine, on pourra commencer par pratiquer certains exercices au domicile, puis dans un environnement progressivement plus stimulant : le jardin, puis la rue, avant de l’étendre au cadre du groupe de congénères. N’oublions pas que le chien est un formidable lecteur du para-verbal et du non-verbal. Ainsi un maître trop nerveux, impatient, voire « psychorigide », va obtenir les résultats inverses des résultats recherchés et générer des tensions chez son animal, qui pourront provoquer des sentiments négatifs chez ce dernier, comme la peur de son propriétaire. Les risques d’une éducation canine inadaptée sont donc loin d’être négligeables.

En conclusion, l’éducation canine est positive pour les maîtres et leurs animaux, en ce qui concerne la stimulation mentale de l’animal, son intégration dans la société humaine, le renforcement qu’il permet sur le lien entre l’animal et son maître et sur la consolidation de la relation hiérarchique entre les deux. Toutefois, si le rapport hiérarchique n’est pas posé, si les critères sociaux canins ne sont pas respectés, l’éducation canine sera inopérante voire dangereuse, d’où la nécessité du bilan comportemental préalable. De même, si elle vient comme thérapie initiale à certains comportements adaptatifs, elle pourra s’avérer également dangereuse, à court terme ou parfois à long terme. D’autres erreurs dans la pratique de l’éducation canine sont encore à éviter pour une pratique fructueuse de cette pratique cognitivo-comportementale. Il convient donc d’être particulièrement vigilant en tant que comportementaliste animalier dans l’utilisation de l’éducation canine.

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