La communication animale intuitive, on en parle de plus en plus. Alors réalité ou arnaque ? J’ai testé pour vous !
J’ai même testé deux personnes différentes : une amie pratiquant la communication animale intuitive et une professionnelle ayant « pignon sur rue » en région Pays de la Loire et m’ayant été recommandée.
Mais d’abord : la communication animale intuitive, qu’est-ce-que c’est ? C’est la capacité de pouvoir entrer en communication avec un animal, vivant ou disparu, souvent – mais pas systématiquement – à partir d’une photo.
Personnellement, j’étais plutôt sceptique a priori, tout en étant ouvert d’esprit. C’est dans cette optique que j’avais d’abord testé mon amie avec le chien décédé de mes parents, à partir d’une photo, ainsi que demandé. La seconde occasion a été constituée lors de la disparition de mon chat. Ne voulant rien laisser de côté, j’avais décidé de ne pas occulter cette option, en sollicitant à la fois mon amie et cette professionnelle de la communication animale. Mon amie ne se disait pas spécialiste de la disparition d’animaux, domaine pour lequel un certain nombre de « communicants » ne pratiquent pas. Et pour cause ! J’ai contacté la « communicante » une première fois par courriel un dimanche soir. Elle m’appelle le lundi, me demandant d’effectuer un virement de 90 euros pour me permettre de bénéficier de deux communications, elle me rappellera le vendredi soir suivant à 22 h 30 pour m’annoncer avec certitude la mort de mon animal… Bien que sous le choc, je conserve beaucoup de doutes, d’autant que le scénario donné : mon chat aurait été pris dans une sorte de piège, me semble peu vraisemblable. J’essaie de la tester en lui posant des questions sur ce que préférais mon chat par exemple. Les réponses me semblent passe-partout, voire erronées ; parfois exactes, mais restant évasives. Je sens la personne assez vexée par les doutes que j’ose émettre. Elle se targue d’avoir commis deux erreurs seulement sur une trentaine de communications en un an et demi de pratique. Enfin pour se justifier, elle me renverra aux mauvais pressentiments que j’avais eus quand j’étais rentré le jour de la disparition de mon chat, « que ressentez-vous au profond de vous ? »…
Je comprends alors tout le fonctionnement sur lequel sont fondées les méthodes de la communication animale et que j’avais déjà perçu avec la séance effectuée par mon amie sur le chien décédé de mes parents. Je ne remets pas en doute la bonne foi de la professionnelle, et encore moins celle de mon amie ! Il s’agit de procédés inconscients. Ces personnes se servent en effet de ce que NOUS leur disons, de ce qu’elles peuvent éventuellement savoir sur nous pour élaborer leur propre récit. Mon amie s’était servie de la connaissance qu’elle avait de moi et de mon histoire familiale.
Pour la professionnelle, j’avais d’emblée fait attention à lui en dire le moins possible sur mon chat. Elle avait laissé alors le silence que j’avais comblé en lui parlant de mes impressions, de mes pressentiments sur sa disparition et c’est cela qui avait nourri le scénario que son propre inconscient avait élaboré ! D’autant que mon chat était bien vivant, puisque retrouvé plusieurs jours plus tard ! Je comprends mieux pourquoi les disparitions d’animaux sont moins pratiquées par ces professionnels ! La preuve est tangible ! Il ne s’agit plus de se contenter de dire : « votre animal pense que… » ! Après le retour de mon chat, j’ai poussé le vice jusqu’à demander la seconde communication à laquelle j’avais « droit ». Une semaine plus tard je recevais le compte rendu : mon chat était toujours mort ; la version avait un peu changé : cette fois le piège était une corde tendue par un humain. Mon chat, bien sûr, me transmettait un message dont je vous ferai grâce.
Pour toute réponse j’enverrai la photo de mon chat revenu d’entre-les-morts. Je n’ai pas eu de nouvelles… ni, bizarrement, de proposition de remboursement…
Quels sont donc les procédés utilisés afin que les clients puissent y croire, sans qu’il n’y ait d’ailleurs de volonté de tromper à la base ?
– La « lecture froide » ou cold reading: Consiste en des affirmations vagues, qui peuvent s’appliquer à tous les animaux (ce qu’était censé préférer mon chat était un plumeau au bout d’une ficelle).
– « l’effet Barnum », découlant de la lecture froide, est de pouvoir se reconnaître même dans des descriptions très générales. (« Votre chat réagit un peu comme un chaton » – ce qui est une caractéristique consécutive de la domestication du chat : la néoténie…). On peut aussi ajouter le « biais de confirmation » qui va faire qu’on va retenir ce qu’on sait déjà : on va retenir les phrases justes et ignorer les énoncés erronés.
– l’observation comportementale : d’après une photo, le praticien va déduire un certain nombre d’éléments de la posture, du regard ou encore de l’environnement et élaborer toute une interprétation.
– les informations données involontairement par le propriétaire ou leakage : le ton de sa voix, le choix des mots et surtout sur ce qu’il dit (j’avais eu un mauvais pressentiment en entendant des cris d’oiseaux, qui devaient en fait réagir au passage de mon chat en état d’affolement), et rebondir sur ses réactions.
– la réinterprétation a posteriori : Quand une phrase est floue, le propriétaire (ou plutôt « gardien ») la reformule mentalement pour qu’elle coïncide à son animal. Il pense alors que la communication a été juste.
Le praticien est dans la majorité des cas sincère ; il utilise ces procédés et techniques, proches de celles utilisées par les mentalistes, sans le savoir, par auto-suggestion . Peut-on alors parler de supercherie ? Beaucoup de praticiens en communication animale croient sincèrement en ce qu’ils font. Ils interprètent leurs ressentis comme étant des messages. Ils ne connaissent pas les procédés psychologiques qu’ils utilisent. Ils ne cherchent pas à tromper volontairement mais à aider. Pourtant aide-t-on réellement alors qu’on se trouve continuellement dans l’erreur ? On ne peut donc pas parler de supercherie, encore moins de fraude. Ce n’est qu’une illusion… Mais les illusions peuvent s’avérer, non seulement inutilement coûteuses, mais parfois aussi dangereuses.
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