Quelles sont les règles d’apprentissage à respecter en éducation canine ?

Plusieurs théories relatives à l’apprentissage (animal et humain) ont vu le jour à partir des recherches et travaux expérimentaux de la communauté scientifique. « Eduquer » efficacement un animal nécessite la connaissance de ces théories et de leurs pratiques.

L’éducation canine repose essentiellement sur le conditionnement. Le conditionnement réside en un apprentissage par association de deux éléments : le signal, provenant des stimulations de l’environnement, et la réponse de l’organisme. Le conditionnement doit toujours être composé des mêmes éléments ; une seule variable va ainsi le modifier. Au conditionnement classique, on pourra associer d’autres techniques. Ainsi l’apprentissage de la position « assis » pourra s’effectuer en associant le comportement à l’ordre et non plus l’inverse ; ce qu’on appelle « la capture d’ordre ». Ainsi, on donnera l’ordre « assis » à chaque fois qu’on verra le chien s’asseoir de lui-même. Celui-ci associera donc son comportement à l’ordre, l’animal apprenant par association.

Le contre-conditionnement sert à remplacer un comportement indésirable par un comportement souhaité, en intégrant un dérivatif, un stimulus positif, afin de neutraliser le facteur déclencheur du comportement non désiré. Par exemple, on pourra remplacer des aboiements indésirables par la position assise.

Par ailleurs, il faut tenir compte des renforcements. Une réponse est renforcée quand elle est suivie d’effets favorables. Une récompense consiste en un renforcement positif. Une caresse (sur le plat de la tête, le cou ou le dos, car elle exprimera ainsi la dominance du maître sur le chien), une parole, un regard peuvent être des renforcements positifs. Les récompenses alimentaires sont plutôt à éviter car elles instaurent un autre rapport entre le maître et le chien que celui de la relation pure. Les renforcements doivent toujours être associés immédiatement à l’action et tenir compte du caractère du chien. Ils doivent être distribués systématiquement au début de l’apprentissage, toutes les réponses devant être renforcées.

On pourra se servir, en outre, de la théorie de l’apprentissage opérant ou instrumental ; celle-ci met en avant une séquence de comportements qui apparaît avec une certaine organisation et répétitivité avant l’apprentissage et qui va permettre le passage à l’acte, l’action réalisée pour obtenir le renforcement souhaité : l’apprentissage instrumental à proprement parler.

L’éducation canine va utiliser notamment l’apprentissage par imitation ou facilitation sociale. En effet, « dans la meute, un subordonné se conforme au comportement du chef ou d’un chien de rang supérieur 1». Dans le contexte de l’éducation canine, le chien se retrouve la plupart du temps parmi ses congénères et peut apprendre en imitant le comportement de congénères « experts ». Le comportement appris pourra même se généraliser à l’ensemble du groupe. Par l’« effet d’audience », les comportements acquis de certains individus seront reproduits par des sujets passifs, par observation et imitation. Par exemple, un chien nerveux pourra se trouver apaisé en présence de congénères calmes et paisibles. La facilitation sociale s’utilise généralement avec le contre-conditionnement.

D’autres techniques cognitivo-comportementales d’apprentissage peuvent être utilisées dans le cadre de l’éducation canine, peut-être plus facilement dans un cadre familial qu’au sein d’un groupe. On pourra ainsi faire appel à l’habituation. Il s’agit, dans cette technique d’apprentissage, pour habituer l’animal à un stimulus, de lui présenter un stimulus, de façon répétitive, avec toujours la même intensité et sur des laps de temps très courts. Avec l’extinction, on supprime un comportement indésirable en éliminant les renforcements qui en assurent la pérennité. La désensibilisation permet de présenter l’animal au stimulus à un niveau au maximum égal à celui qu’il peut supporter. On augmentera son intensité de façon très progressive en s’assurant, lors de chaque progression de bien rester dans les « limites de l’acceptable » pour le chien. Cette technique doit être utilisée avec précaution, car l’homéostasie de l’animal doit être scrupuleusement respectée. Différentes théories et techniques d’apprentissage ont donc cours en éducation canine dont l’éducateur doit avoir connaissance.

En outre, de nombreux facteurs influent, soit positivement, soit négativement, sur l’apprentissage et sont de ce fait à prendre en compte dans le cadre de l’éducation canine.

– La motivation : le maître doit ainsi mettre l’intention dans le temps présent, avec l’intonation et la conviction appropriées.

La durée : elle influe sur la qualité de l’apprentissage ; de plus, la durée de concentration entre un chiot et un adulte n’est pas la même.

La répétition : favorise l’apprentissage ; il convient ainsi d’ancrer l’apprentissage dans la mémoire du chien.

La fréquence : il est mieux de fractionner les apprentissages et d’effectuer des séquences d’apprentissages courtes et répétées plutôt que longues.

L’environnement : il peut être un facteur de stress ou de détente ; c’est pourquoi il convient pour optimiser l’apprentissage d’aller de l’environnement le moins stimulant (maison) au plus stimulant (jardin, puis rue…).

Les comportements du maître et ses rapports à l’environnement. Par exemple, un maître stressé à l’idée de rencontrer d’autres chiens lors de la promenade pourra engendrer du stress sur son chien dans cette situation.

Le contexte : culturel, psycho-affectif ; ainsi la relation entre maître et animal influe grandement sur l’apprentissage.

L’âge : un chiot ou un vieux chien n’ont pas les mêmes capacités d’apprentissage qu’un adulte. Il convient donc d’adapter les méthodes, les durées, les difficultés selon l’âge du chien.

L’intelligence du sujet. Il convient d’adapter l’apprentissage aux capacités de chaque individu.

Certains facteurs vont plus spécifiquement favoriser l’apprentissage :

La synchronisation entre le stimulus et le renforçateur (la récompense).

– Leur répétition.

La puissance du renforçateur (la relation, une caresse, une parole peuvent être des renforçateurs suffisamment puissants).

Les motivations et/ou besoins des sujets humains ou animaux.

– Les facteurs sociaux : présence d’un congénère.

La diversité des contacts et des expériences avec les humains et avec d’autres animaux et notamment la possibilité de se constituer un groupe de référence. –

– « L’apprentissage distribué ». Celui-ci consiste en la meilleure répartition dans le temps des séances, sur une durée définie, fractionnée (surtout pour des tâches complexes) et avec des interactions. L’intervalle entre deux séances doit être optimal pour favoriser l’apprentissage : ni trop éloigné, ni être trop rapproché.

D’autres facteurs altèrent les apprentissages (inhibitions internes ou externes) :

Les inhibitions internes à l’animal : altération du système nerveux, pathologies, comportements adaptatifs, diminution des capacités psychomotrices, âge, habituation (sommeil, somnolence), facteurs génétiques et héréditaires (consanguinité).

Les inhibitions externes à l’animal : contraintes physiques, masquages sensoriels, contexte défavorable (psychopathologies humaines), environnement inadapté, exposition à des stimuli nouveaux, répétition irrégulière de l’apprentissage.

Tous ces facteurs sont donc à prendre en compte dans le choix et la mise en place de chaque technique d’apprentissage.

A ces grands principes, des règles de fonctionnement de l’éducation canine doivent être nécessairement connues et respectées. L’éducation canine permet de conforter la hiérarchie entre l’homme et l’animal, mais ne la crée pas. Dominer l’animal ne suppose pas un rapport de force, encore moins de le « mater » : « il n’y a aucune référence à un quelconque rapport de force conduisant à une soumission physique du chien, aucun rapport de force s’appuyant sur la peur de son maître. Vos outils de leader sont simplement l’affirmation, la précision, la régularité, la constance, la cohérence et l’amour pour votre chien2 ». Cette autorité de l’homme sur le chien s’instaure dans le respect de règles de base, la principale étant le respect de l’animal et de ses besoins au quotidien : le stimuler physiquement et mentalement, lui faire rencontrer des congénères… Pour bien le respecter, il faut bien le connaître, non pas à travers une vision anthropomorphique de l’autre, mais en ayant pleinement connaissance de son mode de fonctionnement et de son état émotionnel.

Il convient en outre de connaître son « langage ». Ainsi le chien reconnaît d’emblée le non-verbal et le para-verbal, avant le verbal qui est pour lui comme une « langue étrangère ». De ce fait, l’humain doit être vigilant avec les signaux visuels qu’il envoie au chien, qui doivent être en cohérence avec son langage verbal. De la même façon, l’humain doit être en mesure de repérer les signaux transmis par le chien concernant ses émotions : la joie, l’inquiétude, la peur, le stress, la colère… Si le maître envoie des signaux contradictoires avec ses ordres, le chien privilégiera le langage non-verbal, celui qu’il utilise en priorité pour communiquer avec ses congénères. Il convient donc d’être en phase avec les ordres verbaux et le para-verbal et non-verbal. Si le maître n’est pas convaincu que son animal exécutera l’ordre qu’il a donné, celui-ci le sentira à coup sûr ; c’est ce qu’on appelle « l’effet Pygmalion ». En outre, l’exécution de l’ordre ne doit pas être approximative par le chien, celui-ci n’obéissant pas réellement dans ce cas. Ainsi l’exécution de l’ordre « assis » ne doit pas s’opérer à proximité, preuve de désobéissance effective, mais bien à la place qui a été assignée par le maître, ou alors s’il s’assied une patte posée sur le pied ou le devant de la jambe de son « maître », ce sera une preuve de dominance. De plus, le vocabulaire utilisé pour s’adresser au chien doit être toujours identique. On ajoutera au vocabulaire l’intonation adéquate et adaptée à la personnalité du chien. L’apprentissage a besoin d’être ritualisé pour être efficace. « Il faut donc faire preuve de cohérence dans les apprentissages menés en éducation canine et dans nos comportements face au chien.

Par ailleurs, les punitions sévères sont à proscrire, non seulement parce qu’elles peuvent être moralement répréhensibles, mais aussi parce qu’elles ont été reconnues comme inefficaces. En revanche, il faut utiliser la récompense comme renforcement positif, en veillant à la synchronisation entre le comportement désiré et la récompense. Il faudra trouver la récompense qui motive le plus le chien, la relation (caresse, parole…) étant la récompense la plus efficiente.

Pour être efficaces, les séances d’éducation doivent être expliquées dans leur déroulement aux maîtres, En outre, les conditions climatiques devront être prises en compte. Les séances ne devront pas être trop longues et adaptables aux différents « élèves ». Ensuite les apprentissages vus pendant les séances devront être appliqués dans leur quotidien par les maîtres de manière régulière. Pour maintenir les apprentissages, ils doivent en effet être répétés régulièrement et on doit éviter d’exposer les chiens à de nouveaux stimuli.

De plus, les capacités cognitives du chien doivent être prises en considération : son intelligence est intuitive – et non conceptuelle comme celle de l’homme –, et lui demande un contexte matériel immédiat et non différé dans le temps. De même, il conviendra d’attendre qu’il ait bien assimilé un apprentissage avant de passer à l’apprentissage suivant.

En définitive, l’éducation canine associe de grandes théories de l’apprentissage, principalement le conditionnement, mais s’appuie aussi sur d’autres théories comme l’apprentissage opérant ou instrumental, sur le contre-conditionnement, ou sur l’importance des renforcements. Elle s’appuie de plus sur des techniques d’apprentissage précises, notamment la facilitation sociale, mais aussi l’habituation, l’extinction ou encore la désensibilisation. De nombreux facteurs influencent sa réussite et sont à prendre en compte. Enfin d’autres règles de fonctionnement sont aussi à considérer afin que l’apport pour le binôme homme-chien soit positif.

1 E. TERONI et J. CATTET, Le Chien, un loup civilisé, Le Jour éditeur, 2004, Les Editions de l’Homme, 2008, La Griffe, 2013, Montréal, Québec, p.168.

2 BONNEFOI Eric, Votre chien et vous : heureux ensemble, InterEditions, 2013, p.104.

© Benoît Feltesse, 2025. Tous droits réservés. Toute utilisation ou reproduction, totale ou partielle, du texte et de la photographie de cet article, interdite sans accord de l’auteur. Articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

error: Content is protected !!