Dans cet article, nous passerons en revue les domaines dans lesquels les scientifiques ont tenté de déterminer les capacités de raisonnement du chien et du chat.
La capacité à catégoriser, à discriminer est commune chez un grand nombre d’espèces, parmi lesquelles le chat et le chien. En 2013 des scientifiques ont montré que certains chats étaient capables de différencier des visages humains familiers1. Le chien est capable de classer des images selon qu’elles représentent un être humain ou un chien, quelle que soit la race2.
La capacité à compter est également largement répandue chez un grand nombre d’espèces animales. C’est également le cas pour le chien. Dans une expérience, placés face à deux tas de nourriture, les chiens savent choisir le plus gros. En revanche, quand il s’agit de différencier un nombre proche, par exemple entre une pile de 3 à 4 biscuits et une autre de 5 à 7, ils sont davantage en difficulté3. Cette expérience semble cependant être quelque peu contredite par une autre. Un expérimentateur place un à un des biscuits derrière un écran. Quand on leur présente un nombre différent du total attendu derrière le paravent, les chiens regardent plus longtemps les biscuits4, ce qui semblerait indiquer leur surprise et qu’ils se rappelleraient ainsi du total initial. Cela signifierait ainsi que les chiens sauraient compter et réaliser des additions. En ce qui concerne le chat, Christian AGRILLO de l’université de Padoue en Italie s’est intéressé à leurs compétences numériques. Il en résulte que les chats seraient susceptibles de différencier des nombres, sans que l’on sache s’ils comptent un à un les éléments ou s’ils évaluent de manière globale. D’autre part, ces expériences ont montré que c’était la zone du lobe pariétal du cerveau qui était activée chez le chat lors des opérations de comptage, mais que les neurones s’activaient de manière différente suivant les quantités.
En revanche, le chien n’est pas capable d’établir des généralisations, à la différence de l’être humain qui, grâce à son néocortex et au rôle des lobes frontaux reliant les informations du cerveau entre elles, est capable d’établir des associations entre les situations ou les éléments. C’est pourquoi le chien, capable de réussir un apprentissage dans un contexte donné, en cours d’éducation canine par exemple, ne sera pas forcément capable de le réussir à nouveau une fois à la maison. C’est aussi pourquoi, selon T. GRANDIN, les animaux dissocient les sentiments et peuvent difficilement éprouver des sentiments contradictoires. Cependant, une fois la séquence enregistrée, le chien sera capable de comprendre ce qu’on lui demande et de l’appliquer à d’autres situations. Ainsi, en éducation canine, on peut utiliser un cerceau pour apprendre le mot « zone », lequel servira ensuite à l’apprentissage du retour au panier par exemple. En outre, les chiens et les chats sont capables de résoudre des problèmes imprévus et savent faire des liens entre les événements. Ce sont même de véritables spécialistes de l’association, peut-être plus encore les chiens, même si Y. CHRISTEN parle du conditionnement comme d’un « « raisonnement » associatif non intelligent ».
Si chats et chiens ne semblent pas capables d’effectuer de réelle généralisation, ils vont en revanche associer deux éléments entre eux. Selon D. GUILLO5, les chiens traquent même les signes susceptibles d’indiquer l’apparition d’un événement : la promenade, le repas, la punition… Ils sont capables de repérer des données considérables, comme nos mimiques, nos postures, nos intonations, nos gestes… et d’opérer un tri pour retenir celles « qui ont la meilleure valeur prédictive (…) les chiens sont obsédés par les signes : comme les humains superstitieux, ils voient des liens signifiants partout et se complaisent à les accumuler6 ».
Les chiens et les chats peuvent même déterminer un réel sens de la causalité entre deux événements. Ainsi le chat des expériences de labyrinthe de THORNDIKE sait qu’il va sortir s’il appuie sur le levier ; mon chat sait qu’en sautant sur la poignée la porte devrait s’ouvrir. C’est plus qu’un simple conditionnement. Des biologistes ont caché dans des boîtes deux types d’objets : sonores ou non. En retournant les boîtes qui émettaient des sons, les chats s’attendaient à ce qu’un objet tombe. En revanche, en retournant les boîtes n’émettant pas de sons, les chats semblaient consternés qu’il en tombe quelque chose, une peluche en l’occurrence, le son indiquant la présence d’un objet caché7. Ceci signifierait que les chats peuvent établir des liens de cause à effet. Dès le IIIe siècle avant J.-C. le philosophe CHRYSIPPE DE SOLES affirmait que le chien comprenait le syllogisme disjonctif, c’est-à-dire qu’il savait déduire, par exemple, que sa proie avait emprunté le troisième chemin s’il ne l’avait pas trouvée dans les deux premiers.
En revanche, chien comme chat ne maîtrisent pas l’abstraction. Ils vivent dans le présent, dans le sens où ils ne pensent pas à ce qui n’est pas sous leurs yeux. C’est en tout cas la position de WITTGENSTEIN, relayée par A. HOROWITZ8, qui doute que l’animal soit capable de penser par anticipation à notre arrivée par exemple, sans pensée réflexive, c’est-à-dire qu’ils ne pensent pas qu’ils pensent. Les capacités cognitives du chien, dans le cadre de l’éducation canine notamment, et du chat doivent être prises en considération : leur intelligence est intuitive – et non conceptuelle comme celle de l’homme –, et leur demande un contexte matériel immédiat et non différé dans le temps. Même s’il peut organiser les informations et les traiter de manière « intelligente », l’animal, chien ou chat, reste étroitement lié à son environnement et à la proximité des « signes » ; il ne s’éloigne pas du contexte, contrairement à l’homme, dont le langage lui permet de se référer à quelque chose d’absent.
L’éthologie comparative tente d’établir des relations entre les capacités cognitives des différentes espèces. Les travaux de recherche en éthologie comparative tendent à faire correspondre l’intelligence du chien à celle d’un enfant d’un an et demi. Pourtant le cerveau du chien est plus petit que celui du loup. De plus, dans des tests dans lesquels on faisait accomplir une tâche aux uns comme aux autres (tirer des cordes dans un ordre précis, s’échapper d’une cage), les loups obtenaient de meilleurs résultats que les chiens, que ce soit dans la vitesse d’exécution ou dans la compréhension de ce qu’il fallait faire9. Les chercheurs ont conclu que les loups prêtaient une plus grande attention aux objets, qu’ils maîtrisaient mieux que les chiens. Leur aptitude à maîtriser les problèmes d’ordre physique s’explique par leur comportement naturel, notamment à attraper et à tirer des proies.Le chien aura acquis, quant à lui, la capacité à solliciter rapidement l’aide d’un humain.En ce qui concerne le quotient d’encéphalisation mis au point par H.J. JERISON, le chat, avec 1, arrive derrière le chien (1,2). On pourrait, là encore, le considérer comme moins intelligent. Il existe peu de travaux sur l’intelligence du chat, ce qui peut s’expliquer par la difficulté plus grande à faire coopérer le chat à des tests.L’intelligence des espèces demeure difficilement comparable et le défi consiste à « penser l’intelligence du non-humain sans la ramener malgré tout à un référentiel humain10 ».
1 cité in SERRA Jessica, Dans la tête d’un chat, éd. humenSciences / Humensis, 2019, Le Livre de poche, LGF, p.84.
2 FISCHETTI Antonio, Sous la loupe des scientifiques, Actes Sud junior / Cité des Sciences et de l’Industrie, 2015, p.18.
3 cité in HOROWITZ Alexandra, Dans la peau d’un chien, op. cit., Flammarion, 2009-2018, p.170.
4 cité in HOROWITZ Alexandra, Dans la peau d’un chien, op. cit., p.200.
5 GUILLO Dominique, Des chiens et des humains, op. cit., éd. Le Pommier / Humensis, Paris, 2021, pp.188-189.
6 GUILLO Dominique, Des chiens et des humains, op. cit., p.189.
7 cité in SERRA Jessica, Dans la tête d’un chat, op. cit., p.119.
8 cité in HOROWITZ Alexandra, Dans la peau d’un chien, op. cit., p.238.
9 cité in HOROWITZ Alexandra, Dans la peau d’un chien, op. cit., p.50.
10 LESTEL Dominique, Les Origines animales de la culture, op. cit., Flammarion, 2001, p.19.
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