On oppose fréquemment chien et chat par leur capacité d’apprentissage. Une idée reçue est qu’il n’est pas possible de faire apprendre un chat, contrairement au chien.
Le chien semble apprendre effectivement plus facilement et plus rapidement qu’un chat. Le chien est par nature plus disposé à coopérer avec l’être humain, qui constitue souvent son centre d’attachement. Toutefois, un chat peut apprendre, mais il n’adoptera un comportement que si celui-ci lui rapporte quelque chose. Il sera nettement moins tourné vers la relation à son maître, même si cela peut dépendre des individus et si la relation est de qualité. On peut toutefois le faire coopérer assez facilement, à l’aide de récompenses alimentaires ou à l’aide d’un clicker. La motivation et la puissance du renforçateur, sont en effet des éléments essentiels pour l’apprentissage. Pour un chien, ce sera essentiellement la relation à son propriétaire ; en tous cas, cela est le plus souhaitable. Ce sera très souvent insuffisant pour un chat ! En revanche, la nourriture sera pour lui un renforçateur puissant et suffisamment motivant. Mon chat a compris en une seule fois la signification du mot « assis ». L’accès à sa gamelle est une motivation suffisante pour l’utilisation de cet ordre, auquel j’ai joint les ordres « attends » et « vas-y ». La motivation du sujet étant essentielle dans cet apprentissage ; l’élève est modèle ! En revanche, dans un contexte différent, il ne comprendra pas l’emploi et surtout l’utilité pour lui de cet ordre.
Un autre lieu commun est de considérer le chien comme plus intelligent que le chat. Or un chat a, globalement, des capacités cognitives équivalentes au chien
Toutefois, la mémoire de travail, qualifiée de mémoire à « moyen terme », et qui enregistre des éléments d’information récents et parfois temporaires, semble plus développée chez le chien que chez le chat. La mémoire de travail chez le chat commence à décliner après seulement dix secondes. Néanmoins, il est capable, par exemple, de retenir la localisation d’un jouet pendant quasiment une minute. Or, chaque propriétaire de ce petit félin aura noté qu’il est capable de se focaliser sur une idée pendant une durée beaucoup plus longue ! La mémoire de travail des chiens semble plus importante et décliner moins rapidement. On pourrait donc en conclure que le chien est plus « intelligent » que le chat. D’un autre côté, les capacités adaptatives du félin semblent plus importantes. Ainsi, il pourrait plus facilement se réadapter à la vie sauvage.
Par ailleurs, la mémoire épisodique, qui concerne l’enregistrement d’épisodes vécus avec leur contexte, a été mesurée chez le chat par une expérience datant de 2017. On présentait quatre gamelles pleines à chaque chat, mais en ne les autorisant dans un premier temps à n’accéder qu’à deux d’entre elles. Quinze minutes plus tard, les chats se dirigeaient systématiquement vers les gamelles qu’ils n’avaient pas vidées. Cela établit ainsi le fait qu’ils possèdent une mémoire épisodique. Cette mémoire a une valeur de survie pour l’animal, qui peut se souvenir de ses expériences, positives comme négatives, des individus, des lieux fréquentés, mais aussi de sensations ou d’émotions. « C’est ainsi, à partir de souvenirs contextuels, qu’il évitera les situations à risque et construira de manière durable sa relation avec l’Homme1. »
Quant à la mémoire lointaine, elle permet de se souvenir d’événements lointains, pouvant se situer en terme d’années. On a longtemps douté de la capacité des animaux à posséder une telle mémoire. En effet, on pense que les souvenirs ont besoin d’être ancrés dans la mémoire par l’acquisition de la compétence linguistique. C’est pourquoi l’être humain n’a normalement pas trace de véritables souvenirs avant l’âge de ses trois ans. Pourtant deux Anglais avaient élevé deux lionceaux qu’ils ont dû relâcher en pleine savane. Deux ans après, ils se sont rendus sur les lieux, en Afrique ; les lions – devenus adultes – se sont littéralement jetés dans leurs bras en les reconnaissant. Ceci illustre le fait que les félins disposeraient bien d’une mémoire à long terme développée. D’ailleurs, on cite souvent les cas de chats retrouvant leurs propriétaires plusieurs années après leur disparition. Ainsi, Sugar est un chat persan célèbre pour avoir parcouru 2 500 kilomètres pour retrouver ses maîtres en 1951. Des particularités physiologiques permirent de l’identifier de manière sûre. Il s’avérerait que le chat serait capable de mémoriser des informations spatiales, basées sur la vue, lui permettant de retrouver son chemin, alliées à des informations olfactives. Il établirait ainsi une véritable carte mentale de son territoire et de l’itinéraire parcouru. De plus, le chat est « aussi doté d’une mémoire du mouvement qui lui permet de reproduire ses propres actions pour effectuer des changements de direction2. » Il s’agit de la mémoire procédurale ou motrice. Il est également possible qu’il utilise, à l’instar d’autres animaux, comme le pigeon, le champ magnétique terrestre ; ce qui pourrait expliquer, en partie tout au moins, des cas ressemblant à l’étonnant exemple de Sugar. En outre, chat comme chien possèdent une mémoire non seulement cognitive, mais aussi, comme nous autres, mais sans doute davantage encore, sensorielle et affective.
La mémoire est en étroite influence avec l’apprentissage. « L’apprentissage n’est autre chose que la mémorisation d’associations ou d’événements dans le temps3. » L’apprentissage permet donc l’encodage dans la mémoire. Apprendre, c’est aussi s’adapter. Le chat ou le chien, en vivant au contact de l’humain, apprend et s’adapte à chaque instant. L’apprentissage va s’opérer par différents mécanismes. Ainsi, le conditionnement opérant ou instrumental, mis au jour par SKINNER et THORNDIKE, révèle l’influence de l’environnement sur le comportement de l’animal et sa propre capacité à agir sur cet environnement, par « essais et erreurs » et en trouvant ensuite la relation de cause à effet. Avec la facilitation sociale (ou apprentissage par imitation), par mimétisme, l’animal va adopter le comportement désiré. Un chat peut observer un congénère – ou même un humain – et imiter son comportement. Mon chat a bien compris le lien entre l’action sur la poignée d’une porte et son ouverture et que sauter sur la poignée déclenchait l’ouverture de la porte ! Certains chats savent aussi faire leurs besoins dans la cuvette des WC et même tirer la chasse d’eau ! En 1969, l’équipe de la psychothérapeute américaine Phyllis CHESTER a entraîné des chats à faire de petits sauts d’obstacles au son d’un buzzer, tandis que des congénères observaient l’exercice. Placés ensuite dans les mêmes conditions, iles chats observateurs étaient davantage en réussite que des chats qui n’avaient jamais observé la scène. Un autre exercice dans lequel les animaux devaient actionner un levier pour obtenir de la nourriture donnait les mêmes résultats.
En conclusion, oui le chat est capable d’apprendre ! Quel que soit son âge. Il suffit de bien l’observer – sans anthropomorphisme ! – de prendre en compte ce qui va le motiver et de développer votre relation. De plus, certains apprentissages pourront être très utiles pour une bonne cohabitation homme-chat.
1 SERRA Jessica, Dans la tête d’un chat, éd. humenSciences / Humensis, 2019, Le Livre de poche, LGF, p.137.
2 SERRA Jessica, Dans la tête d’un chat, éd. humenSciences / Humensis, 2019, Le Livre de poche, LGF, p.137, p.285.
3 HOROWITZ Alexandra, Dans la peau d’un chien, Flammarion, 2009-2018, p.213.
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