Bien connaître son animal : les phases du développement du chien

Connaître son chien, c’est aussi connaître les différentes phases de son développement, avec leurs caractéristiques spécifiques et éventuellement certains risques liés à ces périodes. Cependant, des différences importantes existent dans le développement du chiot entre les races et même entre les individus. On estime ainsi qu’il peut y avoir une semaine d’écart dans le développement d’un chiot dès l’âge de 3 semaines.

On peut identifier une période prénatale, au cours de laquelle le fœtus est influencé par les expériences de la mère, notamment les caresses données à la mère, qui bénéficieraient au développement du futur chiot. Les hormones influencent également le fœtus : ainsi une femelle placée dans l’utérus entre deux mâles aura tendance à développer davantage d’agressivité.

La période néonatale (semaines 1 et 2) :

Période qualifiée de « végétative ». Le système nerveux des chiots n’est pas totalement développé à leur naissance : « le cortex cérébral est pratiquement inexistant et le tracé encéphalographique d’apparence très plate1 ». Jusqu’au 17e jour, à l’éveil ou lors du sommeil, les tracés de l’électroencéphalogramme ne présentent pas de différence. Les connexions neuronales vont se développer peu à peu. Cette période est centrée sur la succion et le sommeil. Les chiots passent leur temps à manger et à dormir. Ils sont centrés sur leur mère qui assure leur repos, leur nourriture, limite leur stress, leur procure la chaleur et facilite donc leur homéostasie, c’est-à-dire leur capacité à maintenir l’équilibre de leur fonction interne malgré les variations de l’environnement. La mère, par le léchage de leur zone péri-anale, stimule les chiots et provoque ainsi les mictions. Les chiots vocalisent peu après leur naissance, assurant par là-même la communication avec leur mère. Les jeunes chiots se déplacent en rampant, car leurs membres ne peuvent les soutenir. Vers le 10e jour, ils vont commencer à utiliser leurs pattes antérieures et le 15e jour pour les pattes postérieures. Les chiens sont sourds et aveugles à la naissance. Leurs canaux sensoriels sont fermés. Leur sensibilité est donc essentiellement tactile. Le sens gustatif se développe également particulièrement bien. Pendant cette période, le chiot peut déjà se familiariser à l’homme. Au cours de cette phase, le chiot vivant dans un environnement riche aura plus de chances de se développer correctement : « Fox a démontré que de légers stress subis au cours de cette période peuvent être bénéfiques. Certaines stimulations (lumière, son , température, etc.) accéléreraient la maturation du cerveau et favoriseraient son développement. Dès leur 2e semaine, les sujets manipulés ont un rythme cardiaque plus rapide et leurs ondes cérébrales lors du sommeil ont une plus grande amplitude que celles des sujets témoins2 ».

La période de transition (3e semaine) :

Les sens (ouïe, vue) se développent. Les yeux s’ouvrent vers le 14e jour, mais la vision n’est pas encore nette. Elle le sera vers le 21e jour (orientation visuelle). Le canal auditif s’ouvre entre le 12e et le 14e jour. La localisation auditive commence vers le 16e jour.La majorité des chiots ne réagit pas aux sons avant le 19e jour. Le chiot commence ainsi à percevoir le monde extérieur et s’y éveiller. Il reste cependant proche de la mère (par son odeur notamment). La coordination motrice continue à se développer, même si la démarche n’est pas encore assurée. Le chiot est capable de ramper en avant et en arrière et tente de faire ses « premiers pas ». Les premières dents de lait apparaissent. Les chiots peuvent manger de la nourriture solide vers le 18e jour. Les relations se développent dans la fratrie : premiers léchages réciproques et premiers jeux. L’élimination réflexe disparaît ; les mictions et défécations deviennent contrôlées ; c’est le début de la propreté. Il y a un premier apprentissage de la sexualité (premières manifestations de comportements sexuels dans les jeux) et des premières prédations. Des premiers problèmes de socialisation intra et interspécifique peuvent se faire jour (empreinte aberrante due à l’absence de congénères, absences d’humains, phobies, prédations).

La période de socialisation (primaire) (de la fin de la 3e semaine à 10-12 semaines) :

C’est la période de la maturité des sens. « Les ondes électriques du cerveau entre les périodes d’activité et de repos sont maintenant nettement distinctes et, vers la 4e semaine, deviennent comparables à celles de l’adulte3 » Le chiot est maintenant capable de garder son équilibre, de courir et de sauter. Son audition est bien développée ; le chiot sait s’orienter par rapport aux bruits. Sa vision est assez bonne, même s’il voit flou jusqu’à l’âge de 4 mois. De ce fait, l’exploration buccale est encore importante. Le chiot va donc interagir de plus en plus avec son milieu, en découvrant son environnement immédiat, puis en explorant les alentours. Ainsi, il va prendre confiance en lui, moins vocaliser et son activité va augmenter, d’autant plus qu’il aura été confronté à la nouveauté. De même, les interactions avec ses congénères (mère, fratrie) vont être de plus en plus fréquentes. C’est le début des interactions sociales et des premiers attachements émotionnels. C’est le début de l’empreinte. Le chiot découvre le monde et l’appartenance à son espèce. Il découvre son identité canine et les espèces amies. Le jeu va avoir une importance prépondérante dans la découverte de son identité canine et des codes de son espèce. Les adultes continuent d’être tolérants à l’égard des chiots, jusqu’à l’âge de 4 à 6 mois, correspondant à l’augmentation du taux de testostérone chez les jeunes mâles. Ils ne sont pas encore intégrés à la hiérarchie des adultes. Un chien correctement imprégné reconnaît les marques de l’espèce canine, même si certains traits raciaux distinctifs (oreilles tombantes ou museau aplati) peuvent les atténuer ; ce qui fait qu’il est souhaitable que le chiot soit mis en contact avec diverses races. A l’inverse, un chien élevé dans l’isolement vis-à-vis des membres de son espèce risquera d’être asocial ou rejeté par les autres chiens. Au cours de cette même période, le chiot devra s’habituer aux autres espèces animales qu’il sera amener à côtoyer, y compris l’homme (socialisation interspécifique). Pendant la 4e semaine, la dominance dans la fratrie se conforte. Les premiers aboiements retentissent pendant les jeux. Pendant la 5e semaine, la communication se développe, ainsi que la musculature faciale. Le chiot commence à être sevré. Les dents sont présentes. L’inhibition de la morsure s’opère, grâce aux réactions de sa fratrie lorsque le chiot joue trop brusquement avec ses congénères. La 6e semaine est celle de la formation immature de la meute. La plupart des comportements adultes sont acquis à ce stade. La 7e semaine marque la fin du sevrage. Les chiots se regroupent et agressent le « souffre-douleur », sans inhibition de morsure. Au 50e jour, on peut faire passer le test de Campbell, indice du caractère du chien. Au cours de la 8e semaine, le chiot est propre (il ne fait pas où il dort). La 9e semaine constitue une étape critique : le chiot devient un peu craintif. Les comportements exploratoires diminuent. Il faut éviter d’adopter durant cette période. L’animal développe des réponses d’évitement dans le cas de traumatismes physiques ou psychologiques. Il peut y avoir des risques de traumas à long terme (phobies, agressivité), que des comportements humains de surprotection, d’isolement, de dépendance, créant privation de rapports sociaux, risquent de favoriser. La 12e semaine voit la fin de la période de socialisation et la fin de l’empreinte. A la fin de la 12e semaine (3 mois), l’adoption est possible. Les acquisitions intra et inter spécifiques, de ce stade, en terme de socialisation et de sociabilité, sont prépondérantes pour le développement des chiens, mais non encore fixées définitivement.

La prépuberté (de 10-12 semaines jusqu’à la maturité sexuelle) :

De la 11e à la 15e semaine : les jeux de combats s’atténuent et une hiérarchie stable s’établit. De la 12e à la 16e semaine, la hiérarchie est prononcée, ainsi que le détachement d’avec la mère. L’animal est apte à la vie en meute. Dès le début du 4e mois, le chien attend son tour pour accéder à la nourriture, les dominants se servant en premier. Les 4e et 5e mois constituent l’enfance du chien. Il vit encore en famille. Ses apprentissages sont effectués. Il observe et se positionne peu à peu, il apprend la hiérarchie dans la meute (nourriture et territoire). Au 5e mois, les femelles dominantes ont leurs premières chaleurs et les mâles dominants ont leurs premiers comportements de marquage.

Du 6e au 8e mois, c’est la pré-adolescence, qui constitue une nouvelle période critique. Dès le 6e mois, le jeune chien dispose de son potentiel cognitif et physique d’adulte. Cependant de nouveaux changements physiologiques s’opèrent, notamment chez les femelles, avec pour conséquences de l’agitation et leurs premières chaleurs ; chez les mâles s’opèrent les premiers « levers de patte » (dès le 5e mois pour les « dominants agressifs »). Il convient pour le maître, au cours de cette période, de ne pas céder au chien, de s’en détacher. Au 8e mois, le dominant s’est imposé dans ses relations intra et inter spécifiques. Les rangs sociaux sont stabilisés.

« L’ adolescence » (du 9e au 13e mois) :

Comme l’adolescence humaine, c’est une période de « rébellion », source de conflits, de remise en cause de la hiérarchie, avec des comportements centrifuges orientés vers l’extérieur (destructions par exemple), des régressions (mictions par exemple), des comportements d’hyperattachement, ou encore des gémissements lors de l’absence du maître. Le maître doit pouvoir rester ferme, trouver ce qui motive le chien pour se faire obéir, bien respecter les critères sociaux. Cette période peut s’avérer longue et difficile pour les chiens dominants agressifs.

A partir du 14e mois, le chien entre dans le stade adulte. C’est plus précoce pour les petites races (vers le 12e mois), plus tardif pour les grandes races (jusqu’à 3 ans).

Les étapes du développement du chiot, notamment la phase de socialisation, sont donc cruciales pour l’épanouissement futur du chien. Il doit apprendre beaucoup de choses durant son développement et vivre un maximum d’expériences positives.

1 E. TERONI et J. CATTET, Le Chien, un loup civilisé, Le Jour éditeur, 2004, Les Editions de l’Homme, 2008, La Griffe, 2013, Montréal, Québec, p.55.

2 E. TERONI et J. CATTET,, op. cit., pp. 59-60.

3 E. TERONI et J. CATTET,, op. cit., p.63.

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