La vision du chien et du chat

Qui a la meilleure vision ? Le chat ? le chien ? ou bien l’homme ? Nous allons voir qu’il n’est pas si simple de répondre à cette question. Nous passerons en revue tous les aspects des systèmes visuels de nos amis à quatre pattes, en comparaison avec le nôtre.

La vue chez le chat et sans doute plus encore chez le chien est un sens moins essentiel que pour l’être humain. Ils voient, de plus, différemment de nous. Chez les chiens, malgré des variations suivant les races, les yeux sont plutôt situés sur les côtés, ce qui permet une vision panoramique de 250 à 287° contre 180° à 210° pour l’homme. Le chat possède une vision panoramique semblable à celle du chien : de 260°, ce qui lui permet également de voir sur les côtés davantage que l’humain.

En revanche, l’acuité visuelle du chien est nettement moins bonne que celle de l’humain : de l’ordre de trois à quatre fois, même si elle est assez différente suivant les races. Ainsi, quand nous distinguons un objet distant de 22-23 mètres, un chien doit s’approcher à 6 mètres. Il serait excessif de qualifier le chien de « myope » ; leur rétine contient simplement moins de cônes que celle de l’humain, les cônes traitant de la vision diurne. De même, sa vision de près est moins performante que la nôtre, pour tout objet situé à moins de 40 cm de leurs yeux (de 33 à 50 cm selon les races), car le pouvoir d’accommodation de leur œil est plus faible que l’œil humain. Ainsi, un chien aura par exemple du mal à distinguer une croquette tombée juste devant lui. L’acuité visuelle du chat, à l’image de celle du chien n’est pas très bonne. Il a du mal à percevoir les objets très proches de lui, à moins de 10 cm, comme il les distingue mal s’ils sont placés à plus de 75 centimètres. Sa vision est optimum de 2 à 6 mètres.

Alors que l’humain a une vision trichromatique, fondée sur trois couleurs primaires (jaune, bleu, rouge), le chien a une vision dichromatique fondée sur deux couleurs primaires seulement (le bleu et le jaune). Le chien ne voit donc pas en noir et blanc comme il était communément admis dans le passé, mais les nuances de certaines couleurs lui sont moins visibles : « les longueurs d’onde du violet et du bleu-violet sont probablement perçues par le chien comme indistinctement bleuâtres ; celles qui nous apparaissent jaune-vert, jaune-rouge ou orangées sont sans doute jaunâtres pour lui ; et les longueurs d’onde qui se situent en deçà de ces fréquences lui apparaissent sans doute comme blanches ou gris clair. Aussi, comme le suggèrent certaines études, les chiens ont du mal à distinguer le bleu verdâtre du gris, ou encore le jaune-vert, le jaune, l’orange et le rouge »1. Cet handicap apparent par rapport à l’humain s’avère être en réalité plutôt un avantage car il permet notamment de mieux discerner les camouflages. Il va ainsi pouvoir prêter attention à des détails qui échappent aux yeux humains.

Le chat a une vision des couleurs relativement comparable à celle du chien. Possédant moins de cônes dans la rétine que l’humain, il dispose d’une vision dichromatique : il voit le bleu et le jaune, mais ne différencie pas vert et rouge. Il a du monde une vision « pastel ». En revanche, il est capable de distinguer les ultraviolets. J’ai observé mon chat contempler le dessus d’une tasse de thé, comme s’il suivait la montée de l’air encore un peu chaud, que je ne pouvais plus apercevoir ; il se pourrait que ces animaux arrivent aussi à distinguer visuellement les infrarouges.

Les chiens possèdent une vision nocturne meilleure que la nôtre, car ils ont davantage de bâtonnets (photorécepteurs) dans la rétine. En outre, comme les chats ou les chevaux, les chiens ont une membrane, une couche de cellules derrière la rétine, appelée tapetum lucidum, qui renvoie la moindre luminosité. En contrepoint, ils ont une sensibilité plus importante à la lumière intense et aux contrastes d’intensité, comme beaucoup d’animaux. La vision nocturne exceptionnelle du chat s’explique par le nombre impressionnant de bâtonnets dont il dispose : 200 millions contre 120 millions seulement chez l’homme. De plus, le tapetum lucidum augmente la quantité de lumière captée et la reflète comme un miroir. Ces caractéristiques font du chat un animal nyctalope, capable de voir dans la pénombre, même s’il n’est pas capable de voir dans le noir absolu. En outre, comme chez beaucoup de prédateurs, le chat dispose de pupilles à fente verticale, grâce auxquelles il peut estimer la profondeur du champ visuel et connaître ainsi précisément la distance qui le sépare de sa proie. Par ailleurs, les chiens sont pourvus d’une sensibilité visuelle au mouvement particulièrement performante, lié à leur statut de prédateur. Les cellules visuelles détectent le mouvement et enclenchent l’impulsion de chasse. Comme le chien, le chat a une sensibilité visuelle particulière au mouvement et à la différence de vitesse, qui lui permet de se focaliser sur des êtres ou objets en mouvement.

Enfin, les chiens et les chats possèdent une meilleure résolution temporelle que celle des humains. La fréquence de fusion de papillotement pour les chiens a été mesurée à 70 à 80 cycles par seconde, plus élevée que celle de l’humain. C’est ce phénomène qui fait qu’en regardant la télévision, faite de succession d’images, nous ayons l’impression de regarder des images en continu. Selon la perspective canine et féline, la télévision pourrait être une succession rapide de diapositives. Ils voient en quelque sorte le monde plus vite que nous ; ils réagissent toujours un peu plus rapidement que nous. Leur rétine rafraîchit très rapidement les images reçues, leur permettant de distinguer plus facilement les objets en mouvement. Là encore, cette faculté leur permet d’assurer leur rôle de prédateurs et d’avoir des compétences de chasseurs.

En définitive, les systèmes visuels du chien et celui du chat fonctionnent dans une gamme de situations variées. Celui qui veut manger doit être particulièrement attentif à son environnement visuel !

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1Miller et Murphy, 1995 ; Miklósi, 2007, p.141, cité in GUILLO Dominique, Des chiens et des humains, op. cit., p.148.

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