Nous verrons dans cet article que le chat comme le chien utilisent ces trois sens de manière très différente aux nôtres.
L’ouïe du chien et du chat est un sens bien différent de celui de l’homme. Nous pouvons dire de manière « supérieure »
Les chats entendent les mêmes sons que les humains, mais aussi des sons que l’oreille humaine n’est pas capable de détecter. Ils captent des sons s’étendant sur une fréquence de 20Hz à 80 000 Hz voire 100 000 Hz (pour le chaton), contre 20 Hz à 20 000 Hz chez l’être humain, mais la plupart du temps nous « vivons » sur une fréquence comprise entre 100 Hz et 1 000 Hz qui est celle d’une conversation courante. Le chat détecte ainsi des ultra-sons, par exemple émis par les petits rongeurs. Cette capacité remarquable est favorisée par la mobilité de ses pavillons auditifs dans la direction du bruit entendu. Ils peuvent pivoter sur un angle de 180°. Ses oreilles, dirigées par 32 muscles, sont même capables de bouger indépendamment l’une de l’autre. Le chat peut ainsi distinguer deux sons à deux endroits différents. Ses oreilles, actives même quand il dort, sont en outre un indicateur de son état émotionnel : en mouvement vers le haut, elles sont signes de vigilance ; en orientation sur le côté ou vers l’arrière, elles vont traduire une posture offensive ou défensive. L’ouïe particulièrement fine du chat peut expliquer certains comportements pour lesquels on lui attribue volontiers une sorte de prescience. T. GRANDIN1 cite à ce titre une anecdote concernant une de ses amies, Jane, à propos de laquelle son chat semblait toujours savoir 5 minutes à l’avance le moment où elle allait rentrer : il se dirigeait vers la porte, s’asseyait et attendait. Or, il s’est avéré que le chat ne « prédisait » pas l’arrivée de Jane, mais qu’il l’entendait simplement au rez-de-chaussée de l’immeuble s’adresser au liftier qui était chargé d’actionner l’ascenseur.
La capacité auditive du chien est bien moins développée que celle du chat, mais est toutefois bien supérieure à celle de l’humain, puisque certains chiens sont capables de détecter des fréquences pouvant aller de 15 – 20 Hz jusqu’à 50 000 Hz voire plus. D. GUILLO, citant BUDIANSKY, précise que « pour produire la note la plus aiguë qu’un humain peut entendre, il faudrait ajouter vingt-huit touches supplémentaires sur la droite d’un piano ; pour produire celle qu’un chien peut entendre, il faudrait en ajouter quarante-huit2 ».
Le toucher est un sens important, principalement chez le chat. Ses vibrisses lui permettent d’avoir une hypersensibilité tactile. Il peut ainsi mesurer l’espace pour savoir s’il peut entrer dans des lieux restreints ou pour localiser une proie. Les vibrisses possèdent à leur base un petit follicule entouré de nerfs reliés directement au cerveau, qui les rend sensibles aux changements dans l’air. En plus de ses « moustaches », le chat possède également des vibrisses sur ses sourcils, son menton, dans ses oreilles et sur ses pattes avant. Ses vibrisses lui permettent en outre de détecter les changements de pression de l’air, le moindre courant d’air. Le chat saurait aussi prévoir les orages, les tremblements de terre ou les cyclones. Il serait également particulièrement sensible au champ magnétique. De la même façon, le chien peut percevoir des variations de l’air grâce à ses moustaches. Il va ainsi repérer l’air chaud qui peut remonter le long des murs par exemple. En outre, les coussinets des pattes du chat sont sensibles aux textures des supports sur lesquels il se déplace. Le chat serait trois fois plus sensible aux vibrations que l’homme, et il serait capable de détecter les mouvements d’un animal proche de lui, une proie par exemple. Par ailleurs, ses griffes, outil agrippant et tranchant, mesurent aussi la résistance opposée par la proie capturée. De plus, l’épiderme du chat contient une multitude de cellules réactives au moindre toucher ou frôlement, à tous les écarts de pression ou de température, d’où l’hypersensibilité épidermique du chat, notamment sur certaines zones. De même, il a une perception somesthésique particulièrement développée. La someshésie est la sensibilité de son corps, qui « permet à tous les animaux de se percevoir comme des entités propres3 ». Une autre utilisation exceptionnelle d’une capacité chez le chat est celle de la proprioception : la perception de la position de son propre corps dans l’espace, qui ainsi lui permet de se retourner dans sa chute et de retomber sur ses pattes.
Par rapport à l’homme, le sens du goût chez le chat et le chien sont loin d’être aussi développés. La langue râpeuse du chat, si elle est très utile pour se toiletter et l’aider à lacérer la viande, ne possède que 475 récepteurs gustatifs au lieu des 9 000 de l’humain, contre 1 700 chez le chien. Les papilles gustatives du chat distinguent l’amer, l’acide, le salé et l’unami, mais pas le sucré, à la différence du chien qui n’est pas un carnivore strict comme le chat. Le chien dispose de quatre types de bourgeons gustatifs sur la langue : les cellules de type I sont les plus répandues et réagissent aux acides aminés perçus comme une saveur sucrée ; les cellules de type II réagissent à l’acide et à l’amer et ont un effet dissuasif sur le chien ; les cellules de type III distinguent l’unami et les cellules de type IV réagissent au fruité et au sucré. Le chat est particulièrement sensible à l’amertume, souvent présente dans les substances toxiques, qu’il peut déceler à très faible concentration. Toutefois, l’amertume est souvent présente également dans les médicaments, d’où le fait que leur administration soit souvent difficile à pour le chat.
En définitive, l’utilisation qui leur est propre de leurs sens contribue au fait que la perception du monde de nos compagnons à quatre pattes nous soit en partie inaccessible.
1 GRANDIN Temple, L’Interprète des animaux, éd. Odile Jacob, Paris, 2006
2 GUILLO Dominique, Des chiens et des humains, éd. Le Pommier / Humensis, Paris, 2021, p.150.
3 SERRA Jessica, Dans la tête d’un chat, éd. humenSciences / Humensis, 2019, Le Livre de poche, LGF, p.86.
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